samedi 18 octobre 2014

CINEMA DE MINUIT - INNOCENCE SANS PLOMB ?

Bonjour les amis !

Demain dimanche, à 00 H 10 sur F3, Le Temps de l'Innocence (1993) , de Martin Scorsese...


Ah, 1993, toute ma jeunesse, Mitterrand,  mon bac, mes espoirs d'un monde plus beau... Hum, bref, les lendemains de fête ont un goût de cendre, et le CDM ne nous avait pas habitué à des films si proches de nous... Pour une fois, je peux parler d'un film dont la sortie est postérieure à ma naissance...
A l'époque, d'ailleurs, je me souviens que les ados fans de Scorsese avaient été décontenancés par ce cru-là, qui suivait le culte et violent Les Affranchis...


... et le moins culte et tout aussi violent  Les Nerfs à Vif...


C'est vous dire si cette adaptation du célèbre ouvrage sentimental et romantique d'Edith Warton a déçu les jeunes postmodernes que nous étions, avides de Hartley, Tarantino et autres Peter Jackson période punk ! Ca ressemblait à un reniement, rien de moins ! D'ailleurs, à l'époque, la déjà redoutable triade Inrocks-Télérama- Libé avait fait la fine bouche devant ce qui était pour eux un film académique.
Le temps a passé, et, à l'aune de l'oeuvre de Marty, il faut bien reconnaître que ce film compte parmi les réussites majeures de son auteur, s'inscrivant parfaitement dans un renouveau romantique entamé , la même année, avec le Dracula de Coppola.
Comme toutes les grandes histoires d'amour, celle du Temps de l'Innocence est contrariée. Newland Archer, fraîchement fiancé, apprend que son amour d'enfance, Ellen Olenska , est de retour à New York, mariée. Il va la guider à travers les arcanes et les codes de l'aristocratie new-yorkaise, et , ainsi , retrouver une place à ses côtés.
La mise en scène, avec une grande sensibilité, suit les errements de Archer, et les effets terribles du temps qui passe. Loin du bruit et de la fureur des histoires de mafieux italo-américains, nous sommes ici dans les bouleversements du coeur, tout aussi remuants. Comme chez Coppola, le metteur en scène se permet des moments baroques, oniriques, bien loin de l'académisme dénoncé plus haut.
Le film est également l'occasion de retrouver ces acteurs qui étaient alors, en haut de l'affiche, et qu'on a , plus ou moins, depuis, perdus de vue :


L'excellent Daniel Day Lewis, révélé par son rôle de composition dans My Left Foot, et qui s'est avéré un des acteurs les plus exigeants et les plus complets de la décennie. Etrangement, il prend sa retraite après 1996 , pour se consacrer quelques temps à la cordonnerie et à l'ébénisterie...
Il revient ponctuellement sur les écrans à partir de 2006, notamment dans le fameux There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson... Il reste trop rare, vraiment trop rare...


Michelle Pfeiffer était alors une des plus grandes stars d'Hollywood. Et talentueuse, qui plus est. Que s'est-il passé ? De mauvais choix ( Wolf de Mike Nichols, son remplacement par Madonna dans Evita, l'infâme Esprits Rebelles), et son mariage avec le scénariste David E.Kelley ( Ally MacBeal) vont l'amener à tourner moins souvent, des oeuvres moins ambitieuses. Aujourd'hui, on la voit encore, mais plus en hommage à sa gloire passée que dans le cadre d'une carrière cohérente.


Chère à nos coeurs adolescents, Winona Ryder était la copine pétillante que nous rêvions tous d'avoir. Révélée par Tim Burton dans Beetlejuice, elle y rencontre Johnny Depp, avec qui elle aura une relation passionnée durant quatre ans. Ils joueront ensemble dans Edward aux Mains d'Argent . Ils se séparent en 1993 , et c'est également la fin de sa grande période : elle négocie mal le passage de l'adolescente à l'adulte, et se fait oublier . Burton, Woody Allen, Jean-Pierre Jeunet la sollicitent encore de temps en temps, mais on ne la voit plus guère.
La rediffusion de ce fort bon film est également l'occasion de constater à quel point le cinéma , et notamment Hollywood, jette vite ses stars pour les remplacer par d'autres... Et très souvent, c'est injuste.

A ce propos, cette chronique est évidemment dédiée à la superbe Marie Dubois...


A plus.

Fred.



dimanche 12 octobre 2014

CINEMA DE MINUIT - POUR LES YEUX DE LAWRENCE...

Bonjour les amis !

Ce soir, à 00 H 10, sur F3 : Amants et Fils (1960) , de Jack Cardiff...

 Une rareté , ce soir, sur laquelle je n'ai que fort peu d'informations , et que je n'ai jamais eu l'honneur de visionner. Nous en sommes donc tenus aux conjectures...
Il s'agit, comme le merveilleux Love, diffusé il y a peu, d'une adaptation de D.H.Lawrence ( L'Amant de Lady Chatterley) . Mais ce n'est pas la même époque, pas le même contexte.
Nous sommes au début des années 60, et Hollywood s'écroule. Les studios essaient alors, entre autres opérations de sauvetage, de délocaliser la production à l'étranger, et particulièrement en Angleterre . N'oublions pas que même le Cléopâtre de Mankiewckz a failli y être tourné.
Jerry Wald, un des hommes forts de la Fox, commandite donc cette oeuvre de prestige, et, pour la diriger, il fait appel à Jack Cardiff.

J

Jack Cardiff est d'abord un grand, très grand directeur de la photographie, qui a travaillé avec les plus grands metteurs en scène britanniques et américains (Michael Powell, Hitchcock, Huston) , et dont le travail sur la couleur lui a valu deux oscars, bien mérités, notamment en 1947 pour le fabuleux Narcisse Noir...


Cardiff passe à la mise en scène à la fin des années 50, et ce pan-là de sa carrière est moins renommé. A titre personnel, je me méfie souvent des films de chef op', qui , pour être évidemment esthétiquement réussis, sont souvent froids et sans âme .Et pourtant, il en faut, de la chaleur, pour évoquer cette histoire d'une famille minière de la fin du XIXème siècle, déchirée par la mort et les passions, et dominée par une mère castratrice , incarnée par une grande figure du théâtre britannique, Wendy Hiller, vue au cinéma  dans Je Sais Où Je Vais, également de Powell et Pressburger ...


Côté américain, on remarquera la présence de Dean Stockwell, ancien enfant star dont la carrière ne s'est jamais interrompue : après avoir donné la réplique à Sinatra dans Escale à Hollywood...


... Il secondera Errol Flynn dans les années 50...


... fera partie de la bande de rebelles de 68, avec Nicholson, Peter Fonda, Bruce Dern, entre autres dans l'étrange Psych-Out...


... et finira dans la peau de Al, l'acolyte de Sam Beckett dans la série Code Quantum...


Pour finir, signalons que le scénario, aux fortes résonances politiques et sociales, est partiellement l'oeuvre de  Gavin Lambert, un des éléments phares du free cinema, équivalent de la Nouvelle-Vague en Grande-Bretagne...

A plus !

Fred.



lundi 6 octobre 2014

INSTANT SUEDOIS A GENCAY !!

Bonjour les amis !

Ce soir, le Cinéma de Gencay ouvre sa saison Patrimoine CLAP en ma compagnie et avec un film de 1963, signé Bo Widerberg : Le Péché Suédois...


 Réponse de la jeune génération d'alors au cinéma de Bergman, ce film , inspiré des méthodes de la Nouvelle Vague Française, offre un portrait dur et touchant des jeunes Suédois des Trentes Glorieuses...

A ce soir !

Fred.



samedi 4 octobre 2014

CINEMA DE MINUIT - HELLO, DOCTEUR JEKYLL !

Bonjour les amis !

Demain dimanche, à 00 H 10, sur F3 : Docteur Jekyll et Mister Hyde (1941), de Victor Fleming...

 
La nouvelle de Stevenson est une des plus belles métaphores, et des plus terrifiantes,  sur la lutte entre le bien et le mal. Qui plus est, c'est une métaphore vivante, et singulièrement érotique, la différence entre Jekyll et Hyde étant particulièrement marquée dans son rapport aux femmes . Il n'est donc pas étonnant que le cinéma (et ensuite, la télévision), en aient multiplié les adaptations . Rien que 4 avant l'apparition du parlant, dont une, déjà fameuse, avec John Barrymore :


Mais les deux meilleures versions furent réalisées après 1930, à Hollywood, et, détail étrange, à dix ans d'intervalle : en 1932, à la Paramount, sous la houlette de Rouben Mamoulian, avec Fredric March et Miriam Hopkins :


Cette version-là bénéficie d'une grande liberté dans la mise en scène de l'horreur et de l'érotisme : nous sommes avant le tour de vis donné à l'industrie hollywoodienne par le code de censure...
Ce n'est plus le cas en 1941, et il est vraiment étonnant que la très conservatrice Metro-Goldwyn-Mayer se soit lancée dans un projet si glissant , alors même que le cinéma d'épouvante était en recul...
Le projet est confié à Victor Fleming, qui sort de deux gros gros succès : Le Magicien d'Oz, et surtout Autant en Emporte le Vent, deux projets où, en fait, les réalisateurs se sont succédés, mais qu'il a tout de même signés. Ici, il est également producteur , et fait à peu près ce qu'il veut .
La première qualité du film, c'est l'excellence de la reconstitution de l'Angleterre Victorienne par l'équipe artistique du studio.
Sa seconde qualité, c'est une adaptation franche de John Lee Mahin, qui n'élude aucune des dimensions de la nouvelle, qu'elles soient morales ou sexuelles.
Troisième qualité, la distribution.


Spencer Tracy était alors spécialisé, à la MGM, dans les rôles de boy-scout, les redresseurs de tort, ou les victimes injustement accusées, comme dans Fury de Fritz Lang :


Lui faire incarner Jekyll, c'était laisser le bien prendre le visage du mal , et, ainsi, impressionner le spectateur ( la même réflexion  avait été faite dans la version March).
Et la grande supériorité de la version MGM sur la version Paramount, ce sont ses deux partenaires féminines : Lana Turner et Ingrid Bergman .



Mettre ces deux superbes femmes dans les pattes de Jekyll-Hyde, c'était aussitôt orienter le film vers le rapport au désir. Au départ, Bergman devait jouer la good girl, Beatrix, la fiancée officielle du docteur. Pour casser son image , elle demanda à jouer la bad girl, Ivy, la prostituée victime de Hyde. Cette inversion est intéressante : les deux femmes se retrouvant aussi classieuses et désirables l'une que l'autre.
Le film est tourné au moment où la psychanalyse fait son entrée à Hollywood . En témoigne cette courte scène onirique, très audacieuse pour l'époque, où Jekyll conduit une calèche tirée par ses deux maîtresses, qu'il fouette gaiement.


Ce film est le témoignage de la faculté qu'avaient les grands studios hollywoodiens, ponctuellement, de produire des adaptations non seulement prestigieuses, mais profondes,des classiques de la littérature...

Bande annonce :


A plus.

Fred.

dimanche 28 septembre 2014

CINEMA DE MINUIT - RIVERS SANS RETOUR...

Bonjour les amis !

Ce soir, à 00 H 05, sur France 3 : Le Fauteuil 47 (1937), de Fernand Rivers...

 
Drôle de parcours que celui de Fernand Rivers... Jeune acteur de théâtre, il est embauché par la maison Pathé dès 1902, ce qui fait de lui, selon ses dires "L'un des dix premiers acteurs de cinéma" . Hum.
Toujours est-il qu'assez vite, il passe à la réalisation des bandes du héros comique qu'il incarne, "Plouf".
Il n'en reste pas grand'trace aujourd'hui.
On le retrouve au début du parlant, comme producteur. Un producteur d'abord assez ambitieux, puisqu'il se met au service d'Abel Gance pour une Dame aux Camélias, et, que surtout, il assiste Sacha Guitry pour ses premiers pas au cinéma, dans Pasteur et Bonne Chance...



Mais cette bonne volonté ne nourrit pas forcément son homme, et, assez vite, Rivers va se tourner vers des matériaux moins nobles et commercialement plus sûrs, que ce soit le mélo ( Les Deux Gosses, La Goualeuse) ou la comédie boulevardière (Quatre Heures du Matin , Bichon), tournant parfois franchement vers le nanar ( Berlingot et Cie, avec Fernandel) !


Le Fauteuil 47 n'est ainsi pas l'oeuvre d'un grand metteur en scène. Ca tombe bien, ce n'est pas le but recherché. C'est avant tout une pièce de théâtre signée Louis Verneuil , alors roi , avec Guitry, du Théatre de Boulevard . La postérité est cruelle : si Guitry est encore joué, et le sera encore longtemps, on peut le parier, le théâtre de Verneuil a vieilli, dans ses postures , dans ses personnages. Celle-ci, une de ses plus connues, a été créée en 1923, et cela se voit dans son scénario : un jeune garçon se marie avec une jeune femme , alors qu'il est fou de sa belle-mère. Mais tout finira bien, dans les froufrous z'et les hauts plafonds.
Ce théâtre , et par voie de conséquence, ce théâtre filmé, ne tient que par ses acteurs, que l'on appelle à juste titre des monstres sacrés : ils donnent consistance et énergie à des personnages conventionnels . Très souvent, pour épater le spectateur, on en réunit une ribambelle . Ici, comme l'indique l'affiche, on réunit 4 Vedettes ! Et non des moindres !


Raimu, alors au sommet de sa popularité, et qui, lorsqu'il n'était pas freiné par un Pagnol, un Decoin ou un Tourneur, volait de plateau en plateau pour pérorer en toute liberté... Détail curieux, il incarne dans ce film un professeur de gymnastique !





Françoise Rosay, interprète du cougar de la fable, venait , elle aussi, d'être projetée sur le devant de la scène, grâce aux films ambitieux de son mari Jacques Feyder : Pension Mimosas, et La Kermesse Héroïque ...

 .
.. André Lefaur, bien oublié aujourd'hui, était  une terreur du Boulevard, qui créa sur scène moult pièces de Verneuil, Flers et Caillavet. Il  y reprend ses marques dès le début du parlant, amenant dans les salles de cinéma son public d'admirateurs.


... Et, à l'instar de tout "lot" qui se respecte , et où l'on en profite pour vous refiler des invendus, voilà la quatrième vedette, qui n'en est plus vraiment une, déjà : Henri Garat. Celui qui a été le premier jeune premier du cinéma français parlant, qui ne pouvait sortir en ville sans être assailli par ses admiratrices, était déjà sur le déclin, supplanté par des Blanchar, des Préjean, des Gabin.  Comédien limité, nul doute qu'il se fait largement bouffer par les trois bulldozers qui l'entourent. Dommage pour le créateur d'Avoir un Bon Copain...

 



 Une curiosité , donc, pour les amateurs de boulevard désuet et d'acteurs hénaurmes... J'en suis, donc j'y serai !

A plus !

Fred.





 

samedi 27 septembre 2014

CINEMA DE MINUIT ( à la bourre !) - MEN IN LOVE...

Bonjour les amis !

Dimanche dernier, à 00 H 20, sur F3 : Love (1969) , de Ken Russell...


Ken Russell est un phénomène ... Pur enfant des sixties, il en tirera un cinéma inventif, certes, libre, ô combien, mais le plus souvent excessif et kitsch. Ses Diables (1971), sont un bon exemple de son style criard, où l'énergie l'emporte souvent sur la précision...


Un seul film échappe à cette description : Love, adaptation superbe d'un roman de l'auteur de l'Amant de Lady Chatterley, D.H.Lawrence. Cette description très riche de la relation amoureuse ( ou pas) chez des grands bourgeois du XIXème siècle étonne par sa justesse de ton . Et il est bien difficile de savoir à qui l'on soit l'incontestable réussite du projet.
Sans doute pour une grande part au producteur et scénariste Larry Kramer ...

Grande figure de la défense des droits des homosexuels et , plus tard, de la lutte contre le Sida aux Etats-Unis, fondateur d'Act Up, Kramer est également un auteur talentueux et exigent. Il semble évident que ses relation très orageuses avec Russell sur le tournage permettent au film d'être baroque sans sombrer dans un excès qui dégouline. Un des plus beaux exemples de ce compromis Kramer/Russell est dans la scène clé du film, dévenue culte dans le milieu gay, où les deux personnages masculins , par jeu, par défi, se battent nus devant un feu de cheminée. Cette scène aurait pu être vulgaire, elle est juste magnifique. Russell, tenu, parvient à dompter sa fougue, et livre une mise en scène forte sans être scabreuse.


Les deux auteurs sont assistés dans cette tâche par un casting incroyablement juste et original. Les deux personnages masculins sont incarnés par Oliver Reed...

... et Alan Bates .

N

Non content d'être de fichus beaux gosses, ces deux-là sont également des acteurs fins, et investis, qui donnent un profondeur troublante à ces personnages de bourgeois faussement superficiels, qui séduisent et se laissent séduire par deux soeurs institutrices...

L'une d'elle est Jennie Linden...

... actrice tout-terrain que l'on a vue dans à peu près toutes les séries britanniques et quelques films de la Hammer, et qui trouve ainsi le rôle de sa vie, quoiqu'elle soit un peu éclipsée par sa soeurette , la révélation du film, Glenda Jackson.

Elle est alors déjà une grande, très grande actrice de théâtre, qui a travaillé à plusieurs reprises avec Peter Brook, notamment sur Marat/Sade. Love est son premier rôle important au cinéma , ce qui ne l'empêchera pas de remporter illico l'Oscar de la Meilleure Comédienne en 1970 pour sa prestation dans le film. Elle aussi amène une richesse, une largeur de palettes telle que Love est, à l'arrivée, un des plus beaux films britanniques de l'époque , à redécouvrir d'urgence...

Bande-annonce : 


mardi 23 septembre 2014

BRIGITTE, POURQUOI JE T'AIME, ET POURQUOI JE TE HAIS...

Bonjour les amis !

Et bon anniversaire, Brigitte !


On ne dit pas l'âge d'une dame, c'est malpoli, mais ce chiffre symbolique fait qu'aujourd'hui, on parle beaucoup de toi . Et dans la grande tradition médiatique actuelle, aux hommages lénifiants façon Drucker  vont succèder les billets crapoteux et faciles façon Christophe Conte.
Alors, avant de te cracher à la gueule, je voulais te rendre hommage.
Ton histoire récente a fait oublier à quelle point tu as été importante dans la vie culturelle, politique , et sociologique de notre pays, et d'une bonne partie du monde , Brigitte. Quand je parle de toi, je parle de ton personnage cinématographique, de l'icône, du modèle Bardot, oui, on peut le dire.
Avant toi, il y en avait eu, des sex-symbols : mais soit elles étaient hautaines et inaccessibles (Garbo, Dietrich), soit elles étaient dessalées et immorales (Jean Harlow, Viviane Romance). Et surtout, elles ne remettaient jamais en cause la suprématie masculine : elles souffraient par eux après les avoir fait souffrir, étaient battues, parfois tuées, mais ne sortaient jamais indemnes de leurs relations sulfureuses.


Celle qui t'a précédée  au rang de boute-en-train  du mâle français des années 50, la malheureuse Martine Carol, n'était elle-même qu'une "danseuse", un fantasme, dont les volontés n'étaient que des caprices, et dont les exigences avaient pour monnaie d'échange une complaisance certaine à se mettre au lit. La douce Caroline Chérie n'était qu'une prostituée soft...


Mais toi, c'était différent. Ca pouvait être différent. Ton mentor et mari, Roger Vadim, l'avait bien compris . Il faut dire que, déjà, dans tes premiers films, il y avait "ça", cette étrange impression, quand tu apparaissais, que tu emmerdais le monde entier, avec ce corps sublime qui n'appartenait qu'à TOI, ce sourire mutin qui n'avait peur de personne, et qui était prêt à dévorer le premier venu . Déjà, dans les films de Boisrond, dans les films de Willy  Rozier, ce naturel carnassier était là :


Vadim, publicitaire génial, n'a fait que braquer  le projecteur sur toi et t'a offert un sublime écrin : ce Et Dieu Créa La Femme, qui consacra ton personnage nouveau : une femme libre qui n'est pas une garce, qui est dépourvue de malice, mais qui, simplement, choisit qui et quand elle aime. Passionnée, certes, mais le temps que ça dure. Juste le temps que ça dure. Et quand c'est fini, c'est fini. Pas de drame. Les drames, ce sont les hommes qui les font, car ils sont possessifs et compliqués.
Je m'appelle Brigitte, je suis maîtresse de moi-même et de mon désir.


Vadim t'avait bien coachée : ce personnage, tu l'as gardé, envers et contre tout, même quand tu as décidé de baisser la garde scandaleuse pour séduire le public du samedi soir dans Babette s'en va-t-en-guerre...



... Même quand tu as décidé de chanter des chansons sucrées avec cette articulation qui n'appartenait qu'à toi...


... tu restais toujours cette petite cousine qui vous bottait le cul un instant avant de vous minauder autour l'instant d'après. Ce n'est pas exagéré de le dire : bien avant le développement du MLF, tu as appris aux femmes de l'ère gaullienne à dire non, à espérer un avenir meilleur, dans le dos de leurs maris qui ne bavaient que sur tes formes.
En cela, je t'admire, et j'admire ce personnage, mille fois plus fort, plus attachant que celui de la geignarde Marilyn, pauvre petite fille perdue sous médocs, qui voudrait tellement qu'on l'aime...
Quelle autre comédienne aurait pu, dans les années 70, incarner , sans être ridicule, un Don Juan au féminin, qui dominait par la séduction hommes et femmes ? Qui était assez fort pour ça ? Toi, Brigitte,  et ce fut le dernier cadeau de Vadim...


Mais déjà tu changeais. Tu as arrêté le cinéma d'un coup. Tu en avais marre. Les années, la fréquentation des cyniques , des paparazzis et des obsédés t'avaient endurcie, et tu avais un peu raté le coche de 68, en refusant de chanter avec ton cher Gainsbourg, Je t'aime Moi Non Plus... La femme commençait à rejeter l'icône.
Tu t'es d'abord jetée à corps perdu dans la défense des animaux. C'était gentil, et , mieux encore, ça faisait ricaner les chasseurs et éléveurs moustachus, qui avaient tous ton poster dans leur garçonnière mais ne te considéraient que comme un bout de viande.
Et puis tu as fait de drôles de déclarations. Tu aimais les animaux, mais tu n'aimais plus les hommes. Et au lieu d'agacer les brutes moustachues, tu leur as tourné autour, et tu as fini par en épouser une, hélas.
Le reste est triste, grinçant, et indigne de toi.
Tu es malheureuse, sûrement, diront les bonnes âmes. Ce n'est pas une raison pour tant de haine et tant de bêtise. 
Car tu n'avais pas le droit. Pas le droit de saboter cette lumière, cette aura, cette joie de vivre, cette liberté, en l'entourant de barbelés, de fiel, et de boue.

En regardant une belle femme qui te ressemble, aujourd'hui, on pourra se dire : peut-être, dans cinquante ans, ce sera une vieille dame aigrie et méchante.
Et ça , c'est triste.
Je te souhaite donc à nouveau un bon anniversaire, Brigitte, en hommage à ce que tu fus et ce que tu nous as donné.
Mais je vomirai jusqu'à ta mort la Mamie Facho que tu es devenue.

Tu n'avais pas le droit de pourrir ainsi la morale de la fable.

A plus.
Fred.

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