dimanche 17 août 2014

CINEMA DE MINUIT - C'ETAIT BIEN, CHEZ LAUREN...

Bonjour les amis !

Changement de programme au CDM en hommage à Lauren Bacall, qui nous a quittés mardi dernier..


Ce soir, à 00 H 30, sur France 3 : Le Grand Sommeil (1946) d'Howard Hawks...

Ce n'est plus un secret pour personne : la carrière de Lauren Bacall  est intimement (au sens propre !) liée à celle d'Humphrey Bogart .
Elle a 19 ans, lui plus du double, quand ils se rencontrent sur le plateau du Port de l'Angoisse, d'Howard Hawks, en 1944. C'est le premier film de ce jeune mannequin, que Hawks a pris sous son aile, et espère bien mettre dans son lit. Pas de pot, dès leurs premières scènes, l'osmose est totale entre les deux comédiens, et la sensualité de leurs échanges fait frissonner le Code Hays.


Hawks fait travailler Bacall, lui donne son pseudonyme, et lui fait abaisser la tonalité de sa voix. Intimidée par la caméra, elle joue en baissant  le menton et en  levant  les yeux , ce qui lui vaut le surnom de The Look... Le film est un succès.




Mais son film suivant, Agent Secret, avec Charles Boyer, est un désastre, où elle échoue à prendre l'accent anglais ! 


Il faut sauver le soldat Bacall. Hawks et la Warner décident donc de reformer le couple. Ca tombe bien, ça les arrange : Bogart étant toujours marié à Mayo Methot, Humphrey et Lauren ont un mal fou à se rencontrer ! Un nouveau tournage est un excellent prétexte.
Le Grand Sommeil est l'archétype du film noir, son sommet aussi. Adapté de Raymond Chandler... par William Faulkner, c'est tout dire. Associé à la talentueuse Leigh Brackett, celui-ci livra au bout de huit jours un scénario aussi fidèle que possible à Chandler, et ... tout aussi peu logique ! Ce qui est une des caractéristiques du film. 
L'anecdote est connue mais résume bien l'esprit du scénario  : un jour, sur le tournage, Bogart interroge Hawks : "Mais , au fait, finalement, qui a tué le chauffeur ?". Personne ne peut répondre . Hawks appelle Faulkner au téléphone : "- Qui a tué le chauffeur ? - Je n'en sais rien !" Hawks appelle alors Chandler, qui lui dit : "C'est George !" Hawks réplique : "Ca ne peut pas être George, il était ailleurs à ce moment-là... ". Chandler lui répond : "Alors, je ne sais pas qui a tué le chauffeur !"...
De même , de nombreuses scènes furent ajoutées : la scène où Bogart interroge une bibliothécaire chaude comme la braise, jouée par Dorothy Malone , "juste parce que la fille était superbe", selon le mot de Hawks...

... Et d'autres scènes, "juste parce qu'elles étaient amusantes ". 
Amusant, le tournage ne le sera pas tant que ça. Déchiré entre Mayo et Lauren, Bogart boit comme un trou. 
Pour régler le problème, Hawks tente de coller Lauren dans les bras de ... Clark Gable ! Rien à faire...
Le tournage s'achève en Janvier 45, mais , pour appuyer sur la relation Bogart/Bacall, quelques scènes seront encore tournées... en Novembre , ( dix mois après !) , dont la scène , très coquine, où nos deux héros parlent de courses de chevaux... Détail qui a son importance : dans l'intervalle de ces dix mois, Bogart et Bacall se sont mariés !


Le film sort enfin en Août 1946. Il scelle définitivement l'avènement, à la ville comme à l'écran, du couple Bogart/Bacall. Ils tourneront encore deux films ensemble, et , surtout, resteront, avec le couple Spencer Tracy/Katherine Hepburn, un des couples les plus stables d'Hollywood, même si bon, d'accord...

Bacall brillera également seule, à de très nombreuses reprises, notamment dans le superbe La Femme Modèle , de Vincente Minnelli, en 1957 :

Cette même année 57 voit la mort de Bogart. Ce qui ralentira inexplicablement la carrière de Bacall, qui s'appuiera de plus en plus sur sa légende. Elle épousera un autre comédien, Jason Robards, au début des années 60, mais elle restera pour toujours la femme de Bogart, et l'incarnation définitive, avec Marilyn, Ava Gardner, Grace Kelly et quelques autres, du glamour hollywoodien.
Bande-annonce du film de ce soir, à ne pas rater, évidemment :
A plus !
Fred.
Bonus : galerie de portraits...
(première couverture de magazine, en 43...)




















samedi 9 août 2014

CINEMA DE MINUIT - RAVALEMENT DE FACADE AU 21...

Bonjour les amis !

Ce soir à 01 H 05 sur F3 : L'Assassin Habite au 21 (1942), de Henri-Georges Clouzot...


Premier film du grand  Henri-Georges Clouzot, et c'est un coup de maître. Le bonhomme avait déjà roulé sa bosse, durant les années 30, comme (excellent !) auteur de chansons grinçantes , notamment pour Marianne Oswald, pour laquelle il écrit le superbe "Jeu de Massacre"...



... et surtout comme scénariste à tout faire entre Paris, Londres et Berlin. Mais c'est durant l'Occupation  qu'il se fait remarquer, au sein de la Continental ( firme française à capitaux allemands), en signant l'adaptation très libre d'un roman policier de Stanislas-André Steeman, Le Dernier des Six...



Malgré la réalisation placide de Georges Lacombe, Clouzot parvient à transcender un matériau vieillot : il dynamise le personnage du détective Wens, le stylise et l'adapte à la personnalité de son ami Pierre Fresnay...


Il lui donne également une maîtresse, Mila Malou.. Mila est une chanteuse exubérante et assez frivole, personnage taillé sur mesure pour la propre compagne de Clouzot, la tourbillonnante Suzy Delair...



C'est également avec Le Dernier des Six que Clouzot impose son style, fait de personnages hauts en couleur, d'une atmosphère sombre et de dialogues cassants, taillés au cordeau.
Le film est un succès, et une suite est immédiatement mise en chantier. Clouzot pousse son avantage : il demande et obtient d'Alfred Greven, le patron de la Continental, de mettre en scène le film .
Et les quelques molesses du premier opus disparaissent. Clouzot bétonne son intrigue : d'une durée de 80 minutes, le film est un feu d'artifice incessant de scènes étranges, inquiétantes ou drôlatiques, de dialogues inoubliables , servis par une distribution impeccable, qui réunit les grands seconds rôles de l'époque : Pierre Larquey, Noël Roquevert, Jean Tissier...


... Et bien d'autres , remarquablement employés. Si L'Assassin, au vu de la carrière future de Clouzotn'est qu'un formidable exercice de style, on y trouve déjà , dans le dessin des personnages, notamment celui des pensionnaires des Mimosas, cette noirceur, cette cruauté qui caractérisera toujours l'univers de l'auteur.
L'Assassin sera également un très grand succès, qui permettra à Clouzot de monter son projet suivant, ô combien controversé, Le Corbeau ...


Un bijou , donc, à ne pas rater, surtout qu'il vient d'être restauré, car il en avait bien besoin ,  par la maison Gaumont  !

Bonne enquête !

Et pour la peine, deux extraits, deux échanges du couple mythique Wens-Mila Malou !




A plus !

Fred. 
 

dimanche 3 août 2014

CINEMA DE MINUIT - UN BEAU BOUT DE SOUFFLE...

Bonjour les amis !

Ce soir, à 00 H 45, sur F3 : Le Deuxième Souffle (1966), de Jean-Pierre Melville...


C'est avec ce ( grand !) film que s'installe  définitivement le mythe Melville , mis en place... par Melville lui-même ! Excellent publicitaire et producteur avisé autant que metteur en scène talentueux, sans doute inspiré par la méthode Hitchcock ( un des seuls réalisateurs que tout le monde pouvait reconnaître dans la rue !), Melville fait de chacun de ses films un évènement, d'abord en se mettant en avant, avec un look soigneusement étudié , fait d'un grand chapeau de cow-boy , de lunettes noires et de déclarations tranchées.


Nul doute que ce double  lui a été inspiré par le personnage d'écrivain vaniteux que lui a confié Godard dans A Bout de Souffle  :



Toujours est-il que Melville veut maintenant prouver et faire savoir qu'il est un auteur , et même, selon ses dires, LE premier auteur complet du cinéma français. Il achète ses propres studios, les Studios Jenner, pour y tourner ses films, et met à l'arrière-plan ses collaborateurs, comme ici, José Giovanni, pourtant auteur du roman original dont sont extraits la grande majorité des dialogues du film.
Giovanni et Melville se sont heurtés tout le long de la préparation du film , notamment sur la distribution. Melville voulait Ventura en flic, Paul Meurisse en truand . Giovanni voulait l'inverse, il avait raison, et il fut écouté. Pour le rôle du parrain de la mafia, Melville voulait... Tino Rossi !! Revenu à la raison, il prit l'inégal, mais ici assez puissant Raymond Pellegrin. Simone Signoret fut envisagée pour le rôle féminin, mais Melville ne la portant pas dans son coeur , il la remplaça par Christine Fabrega, seule véritable faiblesse du film.
Car si Melville était égomaniaque et tyrannique sur le plateau ( Ventura , eh oui, en bavait des ronds de chapeau), Le Deuxième Souffle est bel et bien un magnifique polar, un des plus beaux et des plus singuliers du Cinéma Français. Tournant le dos au pseudo-réalisme de Bob le Flambeur et de Deux Hommes dans Manhattan, le metteur en scène filme la cavale rédemptrice d'un homme , et son jeu de chat et de souris avec le flic qui le pourchasse. Il filme tout cela de façon très lente, mais très intense, s'attachant aux respirations, aux regards, aux non-dits de ces bonhommes pris dans une mécanique qui les dépasse. Melville trouve ici son style singulier, bourru , épuré, et très masculin, qu'il accentuera  encore plus avec Delon dans Le Samouraï, l'année suivante :



Et malgré tout le respect  que j'ai pour la mémoire d'Alain Corneau ( Ah, Série Noire !), son remake, en 2007, de ce bijou, ne fut que le codicille superflu d'une fort belle carrière...
 
 
Bande-annonce :

A plus !

Fred.


 

dimanche 27 juillet 2014

CINEMA DE MINUIT - JANE A TOUT DU FELIN, FAIT L'AUTRE...

Bonjour les amis !

Ce soir, à 00 H 50 sur F3 : Les Félins (1963), de René Clément...


 En 1963, René Clément sort du Jour et l'Heure, film de résistance interprété par Simone Signoret, et qui rencontre une relative incompréhension critique. Lui qui avait été, jusqu'ici, relativement épargné par la critique , se voit taxé de cinéaste démodé, propret. Il se lance alors dans ce qui sera sa dernière réussite artistique : Les Félins.
Clément décide de frapper un grand coup en réalisant un grand film noir américain français : en effet, si le film est de production hexagonale, une partie de sa distribution est US. De plus, il fait adapter le roman noir de Day Keene par un autre grand auteur du genre, Charles Williams ( Fantasia chez les Ploucs ).
Et pour faire bonne mesure, il confie le rôle principal du film à l'acteur qu'il a révélé avec son précédent polar, Plein Soleil : Alain Delon.


Un homme en fuite trouve refuge chez une femme qui l'engage comme chauffeur. Il découvrira trop tard qu'il est l'instrument choisi pour parvenir à l'assassinat du mari de la dame.
Comme tous les grands films noirs, celui-ci dépasse rapidement l'anecdote pour atteindre au tragique : celui d'un homme qui sera broyé par l'amour, le désir, l'ambition de deux femmes. Profondément noir et pessimiste, ce huis-clos étouffant est, pour nombre de critiques, supérieur en maîtrise au Plein Soleil précédemment cité .
Clément , s'il voulut faire impression, n'eut pas pour autant tant de moyens que cela : il souhaitait tourner en couleurs, on ne lui permit que le noir et blanc, ce qu'il regretta toujours. Pour les mêmes raisons budgétaires , ses acteurs américains ne sont pas, ou pas encore, des vedettes internationales, eh non, même pas Jane Fonda.


Jane , alors âgée de 25 ans, est une starlette fille-à-papa qui cabotine dans des teen-nouilleries cucul-la-praloche , ou des mélos secondaires , tel ce Dans la douceur de la nuit, tourné juste avant Les Félins :



Les Félins est un vrai porte-bonheur pour Jane : elle y montre qu'elle peut être une comédienne grave, intense, et surtout, pour la première fois, sexy, notamment dans les scènes avec Delon, qui ne sont pas sans préfigurer le tandem Delon-Romy Schneider de La Piscine :



D'autre part , tandis qu'elle est en France, elle tourne également dans la nouvelle version de La Ronde, signée Roger Vadim, qu'elle épousera et qui lui donnera le rôle mythique de Barbarella en 68 :


L'autre femme est moins connue : il s'agit de Lola Albright.

Sa carrière demeurera assez confidentielle jusqu'à ce qu'elle tienne un rôle régulier dans la série TV de Blake Edwards Peter Gunn, au thème musical inoubliable :


... Mais redeviendra assez confidentielle juste après.

Mais la plus grande curiosité du film demeure la présence du tout jeune Sorrell Booke, qui sera bien plus tard , en stetson et costume blanc, le cabotinant Boss Hogg de Sherif fais-moi peur !

 
Bande-annonce du film de ce soir :


A plus.

Fred.

samedi 19 juillet 2014

CINEMA DE MINUIT - DANIELLE MERITE VOTRE CONFIANCE !

Bonjour les amis !

Demain , dimanche, à 00 H 45 sur F3 : Abus de Confiance (1937) , de Henri Decoin...


Chic, chic, un Darrieux !
Résume des épisodes précédents : en 1935, Henri Decoin épouse Danielle Darrieux, qu'il a rencontrée sur le tournage de L'Or dans la Rue.  Celle-ci , à peine majeure, en est déjà à son quinzième film, où elle fait montre d'énergie, de naturel et d'ingénuité, ce qui fait d'elle la première jeune vedette du cinéma parlant. Mais les producteurs ne voient en elle qu'une aimable starlette, à l'avenir incertain. Decoin l'encourage alors à travailler, et surtout, à décrocher des rôles plus dramatiques, seul moyen de la rendre crédible aux yeux des milieu du cinéma. C'est ainsi qu'elle accepte le rôle principal féminin de Mayerling, d'Anatole Litvak, aux côtés de Charles Boyer.
Le film est un succès. Decoin, juste après avoir dirigé son épouse dans  Mademoiselle Ma Mère , une pure comédie ...


... décide alors d'enfoncer le clou du changement de registre en lui offrant un mélodrame : Abus de Confiance. 
Darrieux y joue une étudiante en droit , pauvre et orpheline, qui se fait passer pour la fille d'un riche homme de lettres. Prise de remords, elle veut avouer son imposture, mais s'en voit empêchée par la femme de l'écrivain.
Le film est construit pour tirer les larmes et y parvient. Il est surtout entièrement construit autour des états d'âme du personnage féminin. C'est véritablement un véhicule pour la jeune fille, à qui Decoin fait le cadeau de lui offrir comme partenaire Charles Vanel, le plus moderne des acteurs (déjà !) mûrs de l'époque.


Pour ne pas déstabiliser trop quand même les admiratrices de la comédienne, on inclut dans la distribution le trop gentil Pierre Mingand, partenaire récurrent, sur disques et sur films , de Danielle :


Pour la petite histoire , on remarquera également la présence d'Yvette Lebon, actrice météorique, mais qui était alors la compagne de Roger Duchesne, le futur Bob le Flambeur, de Melville, diffusé il y a quinze jours.
Eh oui, le monde est petit, ah là là... Et si je vous dis que la dame est encore parmi nous, qu'elle est même la doyenne des comédiennes françaises ( 103 ans !), vous vous direz comme moi qu'on est peu de choses...



Abus de Confiance fut un très grand succès, qui ouvrira toutes grandes les portes d'Hollywood à Danielle Darrieux. Elle y tournera La Coqueluche d'Hollywood (1938), mais le succès remporté là-bas ne lui suffira pas longtemps . Elle reviendra en France pour tourner avec Decoin ses deux plus beaux films de l'avant-guerre : Retour à l'Aube et Battement de Coeur... 


 

 

Coeur qui ne battra plus entre eux deux,  en tous cas plus aussi fort, puisqu'ils se sépareront en 1940, mais continueront à faire des films ensemble jusqu'au milieu des années 50...

 A plus !

Fred.
 


 


 








 

samedi 12 juillet 2014

CINEMA DE MINUIT - LINO SE PREND LES PIEDS DANS LE TAPIS...

Bonjour les amis !

Demain dimanche, à 01 H 00 du mat' sur France 3 : Avec la Peau des Autres (1966) , de Jacques Deray...


 Suite du cycle policier avec ce petit film, troisième production de l'association Jacques Deray/ José Giovanni. La  plus réussie étant la première, Du Rififi à Tokyo.

 
Repris de justice, truand lié à la Collaboration pendant l'Occupation,  condamné à mort en 1948 pour complicité d'assassinat, puis gracié, Giovanni sait ce qu'est un flingue, un tueur. Son apport aux oeuvres de jeunesse de Deray leur amène un surcroît d'authenticité.
C'est un peu plus compliqué pour ce film-ci, qui se trouve être un film d'espionnage. D'après Giovanni, c'est Gilles Perrault , futur auteur de l'Orchestre Rouge , qui avait commencé l'écriture avec Deray, mais le travail tourna court. Le résultat aurait sans doute été différent avec Perrault, davantage rompu au milieu des espions. Tel quel, le film est bicéphale. Deray a sans doute essayé , à travers cette histoire d'agent français cherchant, à Vienne, à démasquer un agent double, de retrouver l'atmosphère du fameux Troisième Homme de Carol Reed.


Giovanni, quand à lui, regrettait que l'on ait convoqué Lino Ventura pour si peu de scènes d'action ! Lino n'est pas James Bond, il n'en a pas l'élégance , et il est un peu "barricadé dans son pardessus" (Giovanni). La distribution internationale, typique des coproductions de l'époque, n'aide pas à la cohérence de l'ensemble, très patchwork. L'italienne Marilu Tolo est décorative, l'allemand  Wolfgang Preiss et le français Jean Servais s'ennuient. Seule excellente idée de casting : le trop rare Jean Bouise.


Comédien de théâtre fidèle à Roger Planchon, qui le fait jouer depuis le début des années 50, il commence à intéresser le cinéma en incarnant... le capitaine Haddock , en 1964, dans Tintin et les Oranges Bleues.



 
Heureusement, très vite, Resnais, Sautet, Boisset vont s'intéresser à lui, et en faire un des seconds rôles les plus demandés et les plus nuancés des années 70. Son rôle de directeur de club de foot véreux dans Coup de Tête de Jean-Jacques Annaud (1978), reste particulièrement dans les esprits...


Peu avant sa mort, en 1989, il aura le plaisir de se voir adopté par le chef de file d'une nouvelle génération de cinéastes  : Luc Besson fait en effet appel à lui pour Le Grand Bleu et Nikita, après l'avoir dirigé dans son premier film, Le Dernier Combat.

 
Ici, en agent boiteux et désabusé, il donne un petit supplément d'âme à un film qui en manque un peu, quand même...
D'ailleurs, le public ne s'y est pas trompé : le film fut le premier échec de Lino au box-office...


A plus !

Fred.

samedi 5 juillet 2014

CINEMA DE MINUIT - PAS D'ETE SANS BOB !

Bonjour les amis !

Demain soir dimanche, à 00 H 50, sur France 3 : Bob Le Flambeur (1955) , de Jean-Pierre Melville...


C'est avec ce film que Melville, déjà reconnu pour Le Silence de la Mer ou Les Parents Terribles , commença à écrire sa légende, celle DU réalisateur de polars français.  Pour être complet, il faut rappeler que ce qu'on appelle "le polar à la française" voit le jour en 1953, par une déflagration : celle du Touchez pas au Grisbi de Jacques Becker :


Personnages forts, mais authentiques, mise en scène au cordeau, travail de studio léché, acteurs irréprochables et virils, symbolisés par un Gabin vieilli mais puissant : le genre est né. Il donnera beaucoup, beaucoup, d'oeuvres d'inégale valeur , de la série B vulgaire aux films mémorables : Du Rififi chez les Hommes, Razzia sur la Schnouf...
Mais tous ces films s'inscrivent tout de même dans la continuité de la Qualité Française : travail de studio, scénarios bétonnés, mots d'auteur, acteurs confirmés.
Melville , pour son entrée dans le genre, décide de tourner le dos à tout ça . Il filme une partie des plans à Pigalle, et dans d'autres quartiers de Paris, donnant un aspect documentaire à une histoire qui ne l'est pas : en effet, inspiré d'un roman d'Auguste Le Breton, le film conte le parcours romanesque d'un vieux joueur, qui, par amour pour une fille paûmée, tente un dernier casse... Rien que très classique dans le dispositif. Mais Melville veut se rapprocher du cinéma hollywoodien noir et de sa sécheresse. Il refuse donc le "savoir-faire" des acteurs et dialoguistes français et recrute des acteurs inconnus : la starlette Isabelle Corey, le jeune Daniel Cauchy. Et surtout, il "rappelle" un acteur sulfureux et déjà oublié : Roger Duchesne.


Ce qui a fasciné sans doute Melville,c'est le parcours de Duchesne, qui fut un des jeunes premiers prometteurs de l'avant-guerre...


... Mais qui, lassé ou blasé, quitte le métier en 43 pour ouvrir un troquet. Gros hic : il s'acoquine pour cela avec un responsable de la Gestapo française. Le troquet devient le repaire des collabos du coin. Malgré une tentative pathétique pour se faire passer pour un FFI, Duchesne est mis à l'écart à la Libération. Il fait ensuite toutes sortes de métiers : vendeur de cravate, auteur de romans noirs , et même ... braqueur à main armée! Arrêté en 1950, il fera deux ans de prison ! C'est alors qu'il est revenu au roman noir...
... Que Melville fait appel à lui , histoire de donner de l'authenticité au personnage de Bob . Et , certes, Duchesne fait un bien beau job, même si l'on ne sait pas si ce sont ses qualités ou bien ses insuffisances d'acteur qui donnent au personnage tout ce mystère.
Brillant exercice de style, Bob le Flambeur sera, par son économie de moyens, et sa volonté de casser les codes du cinéma français, un des modèles importants pour  la Nouvelle Vague, quelques années plus tard...

Extrait : 


A plus !
Fred.