lundi 27 juillet 2015

CINEMA DE MINUIT (à la bourre !) - RIEN QUE POUR LANA, NA !

Bonjour les amis !

Hier soir, sur F3, à 00 h 20 : L'Eternel Tourment (1947) , de George Sidney...

 Une fois n'est pas coutume, pas grand'chose à dire sur ce pur produit de studio , filmé certes avec élégance par un George Sidney plus à l'aise dans les comédies musicales ( Le Bal des Sirénes) et les films bondissants (Les Trois Mousquetaires, une des plus belles versions !)...



... que dans le drame contemporain, ici, celui d'un juge conservateru épousant une femme trop jeune pour lui... Comme souvent, le projet est prétexte à confronter deux stars de la MGM : l'insubmersible Spencer Tracy, pilier du studio depuis une dizaine d'années...


... Et la belle Lana Turner, un des atouts charmes du studio, sur laquelle je vais m'attarder un peu, ce qui est bien compréhensible.


 Lana Turner souffre , auprès des cinéphiles, d'une mauvaise réputation : celle d'être d'abord une femme magnifique avant d'être une comédienne. Soyons justes, ce n'est pas totalement faux, et il faudra attendre les années 50 et le magnifique Mirage de la Vie de Douglas Sirk , pour assister à une inoubliable interprétation de Lana Turner... Et encore, certains amateurs chipotent encore... Disons que la puissance du film sublime le jeu de l'actrice...



Mais ce qui caractérise le plus sa carrière, c'est l'exploitation de son sex-appeal à une époque où c'était mal vu ! La MGM la recrute à la fin des années 30, dans le but de lui faire remplacer la bombe du studio, Jean Harlow, décédée prématurément.
Dès un des ses premiers films; La Ville Gronde, on la surnomme la Sweater Girl, pour des raisons que vous comprendrez en regardant cet extrait :


Dès lors, le studio l'impose dans des rôles sexys mais périlleux, le code Hays veillant au grain ! Dans le Docteur Jekyll et Mr Hyde de Victor Fleming, elle doit jouer la prostituée ! Mais Ingrid Bergman exige que les deux rôles féminins soient inversés, et Lana jouera l'oie blanche... Ce qui n'ôte rien à la charge érotique du film...


En 1946, elle entre dans l'histoire du Film Noir et de l'Erotisme au Cinéma en jouant la garce vénéneuse du Facteur Sonne Toujours Deux Fois , de Tay Garnett . Son apparition , en costume deux pièces, laissant tomber son rouge à lèvres sous les yeux de John Garfield, demeure une séquence inoubliable...


Durant la guerre, elle sera une des pin-ups les plus demandées par les GIs.
La fin des années 40 voit la société américaine se crisper et les censeurs contre-attaquer. Signe des temps, elle joue la méchante Milady dans Les Trois Mouquetaires (voir plus haut), et s'adonne aux mélodrames romantiques, souvent associée à Clark Gable.
Mais une nouvelle génération arrive : Ava Gardner, Janet Leigh, Marilyn Monroe, tracent leurs sillons. Elles sont meilleurs comédiennes que Lana, moins apprêtées, plus naturellement charismatiques.
Elle fait néanmoins une fort belle prestation d'actrice dépressive dans le superbe Les Ensorcelés , de Minnelli...
... Mais le studio l'oblige également à jouer dans des cornichonneries exotiques, destinées à mettre une nouvelle fois son corps en valeur, comme dans  l'inénarrable Fils Prodigue de Richard Thorpe...


Universal la récupère à la fin des années 50 et la vouera désormais aux mélodrames , du meilleur (le Sirk déjà cité, qui sauvera le studio de la faillite), au pire ( Madame X)...


Un énorme scandale , l'impliquant , elle et sa fille, dans le meurtre de son amant, ternira malgré tout son image, et elle s'éloignera progressivement des studios.
Star sophistiquée , partiellement fabriquée, mannequin jouant la comédie, Lana Turner est le reflet d'une époque où le glamour seul pouvait faire démarrer, et durer, une carrière d'actrice...
Ces réflexions me sont venues en la regardant dans le film d'hier soir, où, face au métier , à l'indéniable talent de Tracy, les plans où elle apparaît, calculés pour la rendre la plus belle possible, ne font , hélas, que mettre en évidence ses limites d'actrice, ou plutôt, oui, c'est ça, le manque de confiance que l'on accordait à ses talents de comédienne...

Bande-annonce du film :


A plus !

Fred.



lundi 20 juillet 2015

CINEMA DE MINUIT( à la bourre !)- J'AIME TON FLOW, ROBERT...

Bonjour les amis !

Hier soir dimanche , à 00 H 20 sur F3 : Mister Flow (1936), de Robert Siodmak...


Il y a toujours, toujours du bon à prendre dans un film de Robert Siodmak.Avant de devenir un des rois du film noir américain, cet allemand exilé passa presque dix ans en France , où il signa des films moins connus , mais presque tous dignes d'éloges, à commencer par le fulgurant Mollenard, un des plus beaux rôles du grand Harry Baur...
Il faut dire que, de La Crise est Finie, avec Albert Préjean et Danielle Darrieux, à Pièges, avec Maurice Chevalier et Von Stroheim, Siodmak eut la chance de travailler sur des projets d'envergure , avec des collaborateurs talentueux.


Mister Flow est sa première collaboration avec le génial dialoguiste Henri Jeanson, qu'il retrouvera pour Le Chemin de Rio, authentique film noir et sordide, qui verra Jules Berry camper une des plus belles ordures de l'Histoire du Cinéma.
Ici, Jeanson et Siodmak adaptent une oeuvre méconnue de Gaston Leroux, le fameux créateur de Rouletabille et du Fantôme de l'Opéra. Mister Flow est un malfaiteur , qui entraîne son malheureux avocat dans ses aventures, qui le verront tomber amoureux de la femme du filou... Ca ressemble à du roman-feuilleton, et c'en est, c'est ça qui est chouette.
Henri Jeanson tricote ici un dialogue sur mesure pour son pote et acteur fétiche , Louis Jouvet, alias Mister Flow.


... Et la dimension sentimentale est portée par deux fameuses vedettes de l'époque.
D'abord, madame Edwige Feuillère.


La réputation de diva du Théâtre Français qui entourera l'actrice après-guerre ne doit pas faire oublier qu'elle fut une jeune première appréciée pour son talent... et ses formes, qu'Abel Gance montre furtivement en 1935, dans sa Lucrèce Borgia...
Quand à Fernand Gravey, il est un jeune premier à l'élégance réjouissante, même s'il semble souvent, comme Fresnay, un peu âgé, un peu sage pour les rôels estudiantins qu'on lui donne...


Le film est étrange : on y voit peu Jouvet, qui a pourtant le rôle-titre : ce sont Gravey et Feuillère qui mènent la danse. A vrai dire, il semble que ni Siodmak, ni Jeanson, ni les acteurs n'aient pris au sérieux le récit feuilletonesque de Leroux : tout le monde cabotine joyeusement, et l'ensemble ressemble à un marivaudage, enlevé, certes, mais assez vain. Il n'en reste pas moins que le film demeure un exemple assez sympathique de cinéma du samedi soir des années 30...

A plus !

Fred.





dimanche 12 juillet 2015

CINEMA DE MINUIT (annulé !) - OMAR M'A TUER...

Bonjour les amis !

Le film du CDM prévu initialement ce soir sur F3 est reporté, afin de laisser place à une nouvelle diffusion, à 22 H 45, du Docteur Jivago, de David Lean (1965) , en hommage à monsieur Omar Sharif...


Ma génération , celle qui a grandi dans les années 80, voyait d'abord en lui ce que l'on n'appelait pas encore un people . Omar Sharif, c'était la Classe, la Grande Classe, l'élégance, et les passe-temps d'abord : ses statuts de champion de bridge et de propriétaire de chevaux faisaient alors plus souvent l'actualité que ses rôles...


C'était oublier un peu vite que le bonhomme a eu l'honneur de figurer dans les deux plus grandes fresques cinématographiques des années 60 : Jivago, donc, qu'a précédé Laurence d'Arabie , du même Lean, où il tenait la dragée haute à Peter O'Toole...


Mais Omar Sharif, c'est avant tout une gloire nationale égyptienne, l'Egyptien le plus connu dans le monde avec la chanteuse Oum Kalthoum .
Il a la chance d'être remarqué au milieu des années 50 par le jeune Youssef Chahine, qui le fait débuter dans Le Démon du Désert...

Il devient son acteur fétiche , ainsi qu'une vedette en Egypte, jusqu'à ce que Lean le remarque et l'engage pour incarner le prince du désert dans Laurence d'Arabie. C'est à cette occasion qu'il abandonne son premier pseudo, Omar Al Sharif, pour Omar Sharif. 
Et puis ce fut Jivago, qui le consacra star internationale.


Mais.
Mais le cinéma ne sut jamais trop quoi faire de cet égyptien typé, quoique Lean eut l'idée de génie de lui confier le rôle d'un russe !
Il fut alors coincé entre des rôles "ethniques" un peu dans tous les sens  ( Genghis Khan (!)), et des contre-emplois, qui furent parfois , carrémént malheureux : on lui confia ainsi, en 1968, le rôle du prince Rodolphe d'Autriche (!!) face à Catherine Deneuve dans le remake de Mayerling !


Il joua également un mexicain assez caricatural dans le piteux Or de Mackenna , avec Grégory Peck, imposé par Sharif alors que la production voulait Eastwood, qui s'en alla tourner Pendez-moi Haut et Court à la place. Devinez quoi ? Eastwood fit un tabac, et Sharif un bide...


Mais soyons honnêtes, certains choix de cette époque furent particulièrement heureux, notamment quand il était en tandem avec une femme : on appréciera particulièrement Funny Girl et Funny Lady, où il est associé à Barbra Streisand...


... Et le méconnu Top Secret, de Blake Edwards, comédie romantique d'espionnage où sa partenaire est Julie Andrews...


Il se tourne également vers la télévision , et il fait bien, car le Capitaine Nemo qu'il incarne dans le feuilleton L'Ïle Mystérieuse, se démarque résolument de l'image classique du personnage...




Les années 80 le voient donc devenir ce personnage mondain dont l'image nous vient immédiatement à l'esprit. Deux films vont lui donner l'occasion de se rappeler au souvenir des cinéphiles comme un grand comédien : le diptyque Mayrig/ 588, rue Paradis, de Verneuil (1992) , qui malgré ses défauts , lui permet de camper un très émouvant patriarche arménien...

... Et aussi, en 2004, le rôle-titre de Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, de François Dupeyron , où, cette fois, il incarne un vieil épicier turc ( eh oui ! Sharif pouvait jouer les arméniens ET les turcs !) qui émerveille un enfant de 13 ans.


Pour ce rôle, il obtiendra un César du meilleur acteur bien mérité. Puis, il s'éloignera des écrans, sagement, pour s'occuper de ses chevaux et des ses cartes.
Bon  repos, monsieur Sharif.

A plus.
Fred.

Galerie de photos :








jeudi 2 juillet 2015

CINEMA DE MINUIT - PARI SUR WENS...

Bonjour les amis !

Dimanche, à 00 H 25, sur France 3 : Le Furet (1950) , de Raymond Leboursier...


 Le personnage de M.Wens est surtout connu par l'interprétation assez inoubliable qu'en fit Pierre Fresnay dans Le Dernier des Six de Georges Lacombe et surtout L'Assassin habite au 21 , de Clouzot.



Mais ce policier, création du romancier belge Stanislas-André Steeman , connut bien d'autres incarnations : Franck Villard, Maurice Teynac, et même Jacques Perrin, dans un téléfilm de 1994 !
 Mais aucune de ces compositions ne restera dans les mémoires , la faute, principalement, à un matériau d'origine défaillant : malgré leur succès, les romans de Steeman étaient mécaniques, et ils sont presque illisibles aujourd'hui .
Le génie de Clouzot, pour les films avec Fresnay, et aussi pour Quai des Orfèvres, autre roman de Steeman sans Wens, fut de dynamiter l'intrigue et les personnages sans la moindre gêne, pour y insuffler son propre venin. Bien lui en a pris : malgré la colère de l'auteur, les Steeman de Clouzot sont les seuls à avoir traversé le temps sans coup férir.


Le Wens proposé  ce dimanche soir, lui, est bien mystérieux : il est d'abord interprété par un comédien sur lequel je n'ai trouvé que peu d'informations : Pierre Jourdan. Il joue les jeunes premiers dès la fin de l'Occupation, mais il semble que ce film soit sa seule prestation en tant que vedette principale : il rétrograde ensuite dans les seconds rôles, et on perd sa trace après 1960...
Plus étrange encore est l'impressionnante distribution qui l'entoure. Une distribution constituée de gens qui, avouons-le , sont tous plus ou moins sur la pente descendante depuis la Libération, mais quand même : Jacqueline Delubac, l'ex-égérie de Guitry, qui devait abandonner le métier un an plus tard, Colette Darfeuil , dont la carrière périclitait carrément après qu'elle se soit compromise dans les films antisémites de la Nova-Film, sous l'Occupation...
 Jany Holt, vedette des années 30, les inévitables seconds rôles Pierre Renoir , Jacques Baumer , ainsi que les excellents Pierre Larquey et Jean Tissier, histoire, sans doute, d'entretenir dans la mémoire du public le souvenir de L'Assassin habite au 21.
J'en passe et des meilleurs , le générique du film ressemble à un annuaire des comédiens.
Plus étrange enfin, le sujet , qui est celui d'un roman de Steeman : un corbeau qui indique à la police où et comment des crimes seront commis. Ce sujet rappelle , par certains côtés, le fameux Corbeau de Clouzot... Quand on sait que Steeman est coadaptateur du film, que celui-ci était mécontent du travail du cinéaste , et qu'en plus, Larquey joue dans les deux oeuvres, on peut se demander si Le Furet n'est pas une tentative de revanche de la part du romancier belge...
Hélas, il a ici pour metteur en scène Raymond Leboursier, dont le seul titre de gloire est d'avoir été le superviseur technique (pour raisons d'épuration) de Pagnol sur Naïs...
Soyons honnête, je n'ai pas vu le résultat : mais il est à craindre que Steeman adaptant Steeman ait pris un sacré coup de vieux... Mais on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise...

A plus !

Fred.


 

mercredi 1 juillet 2015

CINEMA DE MINUIT (à la bourre !) : LA MITE COLONIALE...

Bonjour les amis !

Dimanche dernier, à 00 H 25 sur France 3 : La Route Impériale (1935), de Marcel l'Herbier...


Il y a des moments où même l'archéo-cinéphile le plus fervent, le plus curieux, le plus patient... doit s'avouer vaincu. Il y a des genres qui n'ont pas traversé le temps : le cinéma colonial en est un, et on comprend fort bien pourquoi. Ce cinéma de l'héroïsme au soleil, avec ses militaires courageux, raides et tout dévoués à la mère patrie , a donné peu de chefs d'oeuvre : Le Grand Jeu, de Feyder, peut-être, Alerte en Méditérranée , de Joannon, qui peut être considéré comme l'archétype du genre, et surtout les deux Duvivier avec Gabin,  La Bandera et Pépé Le Moko, dont on peut dire qu'ils subliment le genre...




Mais ce n'est pas du tout le cas du film présenté ici. Inspiré d'une pièce de théâtre de Pierre Frondaie, connu pour avoir écrit L'Homme à l'Hispano, le film, bavard et ampoulé , raconte l'histoire peu palpitante d'un officier de l'armée britannique, accusé de traîtrise, qui retrouve à Bagdad une femme qu'il a passionnément aimée-euh. A l'occasion d'une mission périlleuse, il s'accusera pour la protéger.
Tout sonne faux, vieux, artificiel dans ce Bagdad de carton-pâte, peu présent, d'ailleurs, la majorité du film étant tourné en studio. La distribution même semble un cliché : dans les seconds rôles, Pierre Renoir et Aimé Clariond incarnent avec professionnalisme et sans surprise les militaires de carrière. Et dans les deux rôles principaux, on retrouve deux abonnés de ce genre de mélodrames romanesques.


On a beaucoup de mal à imaginer à quel point Pierre Richard-Willm fut une vedette à son époque . Beau, fringant, une voix veloutée , il fut l'objet d'un culte auprès de jeunes filles que l'on surnommait les Willmettes. Il joua avec prestance les héros coloniaux, les héros romantiques, les héros tout court, jusqu'au milieu des années 40, où, raisonnablement, il quitta le métier pour se consacrer à ses autres passions. Loin de n'être qu'un bellâtre, le garçon fut en effet un passionné de théâtre, pour lequel il conçut un grand nombre de décors et costumes. Il fut également un bon sculpteur, et dirigea, pendant plusieurs années, après son retrait de l'écran, le fameux Théâtre du Peuple de Bussang, dans les Vosges.
Dans son fort joli livre de mémoires, il s'excuse presque de sa carrière, la considérant presque comme une erreur de parcours. Pourtant, à bien y regarder, son jeu, quoique daté, paraît bien plus moelleux, plus savoureux, que celui de son grand concurrent de l'époque, Pierre Blanchar, qui faisait un sort à chaque réplique. Son problème fut son succès : très populaire, on lui proposa tout et n'importe quoi, et il n'eut que peu l'occasion ( contrairement à Blanchar, hélas), de se confronter à de grands rôles. On sera donc reconnaissant à Robert Vernay de lui avoir offert ce cadeau en or, celui d'incarner Edmoond Dantès dans Le Comte de Monte- Cristo, en 43, une des plus belles versions, d'ailleurs.

Kate de Nagy ( ou Käthe von Nagy, dans les films germanophones) fut une de ces nombreuses petites bonnes femmes que le parlant balbutiant jeta dans la lumière avant de les laisser s'éteindre dans le noir.
Remarquée à la fin du muet, cette mignonne austro-hongroise  s'engouffre, au début des années 30 , dans le système des doubles versions franco-allemandes, qui assurent le succès des films dans les deux pays. Hélas, elle n'y tournera que des fantaisies sans importance ou des drames conventionnels. Tout juste le grand Robert Siodmak la fait-elle figurer dans son noir Chemin de Rio, où elle est éclipsée par Jules Berry, Charles Granval, Dalio .et d'autres monstres sacrés...
Durant la guerre, elle a le bon gout de se faire discrète, et d'éviter la compagnie de l'occupant. Cela ne servira, hélas, à rien, et son accent la bannit du cinéma de l'après-guerre.

Ici, prisonniers d'un scénario banal au possible et d'un dialogue impossible, les deux acteurs ne peuvent faire monter la sauce. Et il faut bien, pour finir, interroger maintenenant la responsabilité de monsieur Marcel l'Herbier.

  Pour les historiens du cinéma, L'Herbier fut l'exemple même du  grand cinéaste du muet qui s'effondra au moment du parlant. C'est un peu plus compliqué que ça : contrairement à d'autres, L'Herbier ne s'arrêta jamais de tourner jusqu'au milieu des années 50. Ce qui est vrai aussi, c'est qu'un grand nombre de ses films parlants sont médiocres, paresseux, soporifiques . Mais ce qu'on oublie également, c'est que son film muet le plus connu, L'Inhumaine, a lui aussi énormément vieilli, et se situe des coudées en-dessous des oeuvres de certains de ses congénères américains ou allemands (Lang, Murnau, Vidor) , aux ambitions équivalentes. Il est tout aussi exact que certains de ses muets moins renommés, comme Feu Mathias Pascal ou L'Argent, sont de vrais bons films.
Il y a donc un mystère L'Herbier, que l'on résoudra d'une pirouette, en rappelant qu'il fut avant tout , au début des années 40, le fondateur de l'IDHEC, la première école de cinéma française, et qu'il restera donc comme l'homme qui, le premier, a pris le cinéma suffisamment au sérieux pour considérer qu'il fallait l'enseigner.
Pour cela en priorité (et même si cette création s'est faire sous l'égide de la Révolution Nationale -gloups !); merci, monsieur l'Herbier.

Extrait du film : 


A plus !

Fred.



samedi 20 juin 2015

CINEMA DE MINUIT - DE LORRE DANS LES MAINS...

Bonjour les amis !

Demain dimanche, à 00 H 25 sur France 3 : Les Mains d'Orlac (1935) , de Karl Freund...

 Voilà un petit bijou méconnu du cinéma fantastique américain des années 30. Il faut dire que la MGM, firme prestigieuse et conservatrice , a toujours joué la valse-hésitation devant le cinéma d'épouvante, genre qu'elle méprisait, mais dont le succès, lancé par les films Universal (Dracula, Frankenstein) la faisait saliver d'envie. Et leur coup d'essai, le fameux Freaks de Tod Browning, joué par d'authentiques montres de foire, avait terrorisé le studio, et s'était soldé par un flop monumental. Ce qui avait longuement échaudé le studio...


Mais à Hollywood, le porte-monnaie gagne toujours à la fin. Trois ans après le fiasco de Freaks, est mis en chantier Les Mains d'Orlac, nouvelle adaptation d'un roman de Maurice Renard, déjà porté à l'écran en 1924, en Allemagne, par Robert Wiene, le fameux réalisateur du Cabinet du Docteur Caligari...


Cette histoire d'un pianiste virtuose, amputé des deux mains, et à qui l'on greffe celles d'un assassin, a , il est vrai, tout pour séduire les amateurs de terreur flamboyante. Cette fois, la MGM ne prend aucun risque et, pour garantir le succès de l'expédition, emprunte à la Universal une partie du personnel du film , et, d'abord, Colin Clive, qui ne fut autre que l'interprète du docteur Frankenstein dans le film éponyme et sa suite, La Fiancée de Frankenstein...


Hélas, dans les deux films, Clive fut éclipsé par son partenaire Karloff, et le dépit accentua un alcoolisme déjà endémique, qui précipita sa mort, en 1937, à l'âge de 37 ans. Triste fin, car son mal-être naturel faisait merveille dans les rôles de Frankenstein et, ici, de Stephen Orlac, ce pianiste maudit , avec ou sans mains.
Le studio chipa également à Universal le réalisateur de La Momie, monsieur Karl Freund .





Monsieur, car le sieur Freund fut un des plus grands chefs opérateurs de son époque, notamment en Allemagne, où il travailla, excusez du peu, pour Lang, Lubitsch, Murnau et Wiene, entre autres. A son arrivée à Hollywood, la Universal, très satisfaite de son travail à l'image,lui propose de passer à la mise en scène. Il tourne ainsi une poignée de films entre 1932 et 1935. La Momie est son premier, Les Mains d'Orlac son dernier. Il préfèrera rester à la MGM en tant que chef op', éclairant brillamment Garbo, Luise Rainer, Myrna Loy, et bien d'autres. Orlac, qui est son meilleur films, laisse des regrets, car il semblait avoir enfin trouvé ses marques de metteur en scène. Le film dégage en effet une authentique atmosphère de peur, qui doit beaucoup, il faut le dire, à la prestation hallucinée de Peter Lorre, dont c'est le premier film américain.

Débarqué à Hollywood après avoir fui l'Allemagne nazie, Lorre n'y était toutefois pas un inconnu, le succès de M le Maudit étant parvenu jusqu'aux Etats-Unis. Il est typique du pragmatisme américain de lui avoir tout de suite donné un rôle effrayant , celui du médecin inquiétant qui opère Orlac. Il y fait un véritable numéro, destiné sans doute à faire sa place , à marquer son territoire dans la jungle hollywoodienne. Hélas, le courant ne passera pas totalement, et , petit à petit, Lorre deviendra un prestigieux second rôle , très demandé, que l'on retrouvera dans Casablanca, Le Faucon Maltais, Arsenic et Vieilles Dentelles... Il ne retrouvera la tête d'affiche qu'associé au pittoresque Sydney Greenstreet, dans une série de films de la Warner des années 40...


Dans Orlac, on peut remarquer qu'encore une fois, Clive est éclipsé par sa co-vedette... Comme pour se faire pardonner, Lorre fera partie de ceux qui porteront son cercueil... Mince consolation...

Bande-annonce du film de ce soir :

A plus !

Fred.

jeudi 11 juin 2015

CINEMA DE MINUIT - UNE BELLE FILLE COMME ELLE...

Bonjour les amis !

Dimanche, à 00 H 25, sur France 3 : Pandora (1951) , de Albert Lewin...

Cette fois , le terme n'est pas usurpé : nous sommes en présence d'un film culte. Un film qui a marqué toute une génération de spectateurs, pour lesquels c'est peut-être le film d'amour définitif. Ah oui, que les cyniques passent leur chemin, ce film est une histoire de passion. La passion qu'éprouvent plusieurs hommes pour une seule femme, objet de convoitise, de désir, mais à jamais inaccessible : la belle Pandora, dans l'Espagne des années 30. Ces hommes sont des hommes perdus, à la recherche d'eux-mêmes , et d'un absolu, qu'ils vont trouver en cette femme... ou dans la mort, faute d'avoir pu accèder à leurs fins.
Un seul d'entre eux, semble nouer un lien particulier avec cette boîte de Pandore humaine : c'est un peintre. Non, c'est un navigateur. Euh, non : c'est le Hollandais Volant, errant depuis des siècles, à la recherche d'une femme qui se sacrifierait pour lui...
Vous l'aurez constaté, nous ne sommes pas dans le petit mélo pantoufle et boulevardier. Dans Pandora, tout est exagéré, poussé, jusqu'au lyrisme. L'Espagne est folklorique, mais le récit oscille si bien entre réalisme amoureux et intrusion du légendaire, que nombre d'historiens du cinéma n'ont pas hésité à le décrire comme surréaliste. André Breton n'aurait peut-être pas approuvé, toujours est-il que le film ne s'installe jamais dans la convention sentimentale, devenant un objet d'art unique en son genre , sublimé par un Technicolor superbe, à qui la récente restauration rend (enfin !) justice .
Ce bijou est l'oeuvre du curieux Albert Lewin.


On peut encore se demander comment ce pur intellectuel a pu devenir, à la MGM, le bras droit d'Irving Thalberg, dans un milieu où il était carrément mal vu d'être surpris avec un livre à la main...Toujours est-il que, quand il passe à la réalisation au début des années 40, il choisit des sujets pointus , ayant trait à l'art et à la littérature : The Moon ans Six Pence, son premier film, est une biographie de peintre fortement inspirée de Gauguin, interprétée par Georges Sanders, qui sera son acteur fétiche. Pour rendre l'éclat de la peinture de son héros, il intégre dans ce film en noir et blanc une séquence en couleurs !
Procédé qu'il reprendra dans son film suivant, son autre chef d'oeuvre avec Pandora : Le Portrait de Dorian Gray, indépassable adaptation du roman d'Oscar Wilde, échappant à tout académisme, riche, touffu, et porté par l'interprétation nuancée de Sanders et du jeune Hurt Hatfield, que ce rôle consumera :


S'ensuit un Bel-Ami qui déçoit, où Lewin tombe dans presque tous les pièges académiques qu'il avait su éviter jusque-là , malgré , encore une fois, la présence de Sanders.
Est-ce cet échec qui explique le silence de quatre ans séparant ce film de Pandora ?
Toujours est-il que , pour son premier film en couleurs , Lewin retrouve son inspiration et livre une oeuvre à nulle autre pareille.
Il est aidé par une distribution particulièrement glamour :


Ava Gardner est la preuve absolue ( avec Jane Russell !) , que la bombe hollywoodienne peut être brune, et que la brune hollywoodienne peut être une bombe ! Ava le démontre dès 1946, dans cet archétype du film noir torride qu'est Les Tueurs de Siodmak...


Dès lors, son sex-appeal fera d'elle le centre de nombre de films romanesques, dont La Comtesse aux Pieds Nus de Mankiewickz, et Mogambo de John Ford, où le brave Clark Gable doit choisir entre elle et Grace Kelly, le veinard !


Mais c'est Pandora qui la consacrera véritablement comme une star . Elle sera toujours reconnaissante au film, et gardera des liens étroits avec les deux pays où il a été tourné : l'Espagne et l'Angleterre.
C'est en effet une oeuvre d'exportation, destinée à rentabiliser les investissements européens de la MGM. Les scènes d'intérieur sont donc tournées aux studios de Shepperton, d'où la présence de nombreux comédiens anglais dans les seconds rôles... et celle de James Mason dans le rôle masculin principal.

Après avoir fait ses classes dans le cinéma britannique pendant dix ans, Mason accède au vedettariat grâce à ce qu'il considérait comme son meilleur film, Huit Heures de Sursis (1947), de Carol Reed, où il joue, durant toute la durée du métrage, un homme mourant et traqué, dans les rues de Belfast...


Ce rôle lui ouvre les portes de Hollywood, où il mettra du temps à s'imposer, un procès l'opposant à la firme Rank l'empêchant alors de tourner !
On peut dire que Pandora le classera définitivement parmi les meilleurs comédiens de son époque, ainsi que parmi les grands séducteurs.
Voici donc Pandora, réponse impitoyable à tous ceux qui pensent que le cinéma américain est laid, artificiel et sans inspiration.
A ne pas manquer.

Bande-annonce :

A plus !
Fred.

PS : Allez, quelques photos d'Ava, pour la route !