dimanche 20 septembre 2015

CINEMA DE MINUIT (Rattrapage) - BETHSABEE MUCHO...

Bonjour les amis !

Dimanche dernier, à 00 H 25 sur F3 : Bethsabée (1947), de Léonide Moguy...

 A tout seigneur tout honneur, j'entamerai cette chronique par une remarque de mon ami cinéphile Laurent Prysmicki , commentateur éclairé de ces humbles articles, qui me disait à propos du film : "Il est de 1947, mais on aurait dit un film des années 30 !". Bah voilà, bien vu, c'est une bonne partie du problème. Mais pas le seul. Développons.
Il existe encore aujourd'hui des admirateurs éperdus de l'oeuvre de Pierre Benoît ( L'Atlantide, la Châtelaine du Liban...). Ces romans d'aventures teintés de fantastique, mais surtout d'un romantisme louchant sur le mélodrame, ont connu un très grand succès , public et critique, dans la première moitié de ce siècle. Ses personnages féminins, proches du fantasme, et dont le prénom commence toujours par la lettre A (Ici, Arabella), sont un de ses traits les plus singuliers. Mais si certains vantent encore le style de l'auteur, il faut bien reconnaître que ses intrigues et ses enjeux ont pris un sacré coup de vieux, et le monde qu'il décrit également.
Ici, comme dans l'Atlantide, deux militaires de déchirent pour une femme, sur fond de paysage exotique. Las, si l'Antinéa de l'Atlantide était, excusez du peu, princesse d'un royaume merveilleux, ici, la petite dame n'est qu'une petite dame , coupable de briser les coeurs et d'avoir poussé un de ses jeunes soupirants au suicide.


De fait, l'histoire ne décolle pas. Et, comme me le soulignait mon petit camarade, elle est déjà désuète au moment où elle est tournée. Le film colonial est un genre dont l'innocence , la naïveté , (l'irresponsabilité ?) est liée au sentiment de puissance et de bonne conscience de la France de la IIIème République, sentiment partagé par une bonne partie de la population, des politiques et des artistes.
La tourmente de la Seconde Guerre Mondiale emporte ce sentiment d'invulnérabilité par-dessus les moulins. Les premières émeutes éclatent dans les colonies (Sétif) et les consciences s'eveillent , notamment avec l'existentialisme.
Le film est décalé par rapport à son époque. Et de fait, personne n'y croit . Roger Vitrac, dramaturge de talent, signe un dialogue sinistrement ampoulé, que les comédiens peinent à rendre vivant.
L'emploi de la musique est ahurissant de maladresse : chaque sentiment, chaque tension est noyée sous des flots de musique humide, signée Kosma, dont il faudra bien qu'on discute sérieusement l'apport réel dans le cinéma français, parce que sorti de Prévert et Carné...
Quand à Léonide Moguy, son titre de gloire restera Prison sans Barreaux (1938), archétype du film social, qui lança la carrière (éphémère, mais c'est une autre histoire...) , de la jeune Corinne Luchaire. Hors de cela, sa carrière , quoiqu'internationale, reste anecdotique.



Le jeune Georges Marchal, interprète du solaire capitaine Dubreuil, l'amoureux présent d'Arabella, fait partie , avec Henri Vidal et Jean Marais, de cette génération de jeunes premiers que l'on voit éclore à la Libération. Mais il sera trop souvent victime de rôles convenus et de projets moyens. Soyons justes, son jeu n'est alors pas fulgurant non plus, même en d'Artagnan dans la piteuse version Hunebelle-Audiard des 3 Mousquetaires.

Il lui faudra attendre la télévision, et les Rois Maudits, dans les années 70, pour qu'il donne pleine mesure de lui-même dans le rôle de Philippe Le Bel...




Darrieux, elle, s'emmerde et ça se voit. Dans son livre de souvenirs, elle évoque la tristesse de ces années de l'immédiat après-guerre, où, ne pouvant plus jouer les toutes jeunes filles, et pas encore assez mûre pour jouer les dames, elle se perdait dans des drames sentimentaux qui ne la méritaient pas. Elle aurait même songé, alors, à arrêter le cinéma. Autant-Lara, puis Ophüls , changeront la donne quelques mois plus tard...
Ici, elle ne parvient pas à donner de l'épaisseur à un personnage mal dessiné . Garce ? Victime ? Ange de l'amour ? Le mystère reste entier.
A dire vrai, le film n'est sauvé que par le personnage du sombre Sommerville, étrangement incarné par Paul Meurisse.

En jouant avec une extrême raideur, une grande froideur, très stylisée, le rôle de l'ancien amant blessé et revanchard, Meurisse parvient paradoxalement à donner de la chair à son personnage, qu'il lave de toute convention : Sommerville est un scalpel en acier froid, qui ne demande qu'à trancher, parce qu'il a été tranché. Ce le rend bizarrement émouvant. La carrière brillante qui s'offre à l'acteur est ici pleinement méritée.
Un petit mot pour finir sur une comédienne totalement oubliée, qui joue ici le rôle de la fille du colonel, amoureuse de Sommerville  (cliché !): Andrée Clément.

Elle tournera une poignée de films entre 1943 et 1954, avec Bresson, Decoin, Delannoy, et finira face à Gabin dans la méconnue Vierge du Rhin de Grangier et Audiard...


Hélas, ce petit visage mélancolique sera emporté par la tuberculose à l'âge de 35 ans...

A plus !

Fred.

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